Le Satan tente une deuxième manœuvre sur le registre de la puissance et du pouvoir en proposant à Jésus de se jeter du haut du temple « sachant que Dieu donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront ». Ce à quoi Jésus répond : « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu" », Mt 4 :6-7. Il signifie ainsi que le pouvoir qui s’exerce sans intégrer la dimension divine qui en est l’émanation est un pouvoir dévoyé.

Alors, le tentateur propose à Jésus de posséder « tous les royaumes du monde s’il se prosterne devant lui et lui rend hommage». Mais Jésus lui dit : "Retire-toi, Satan! Car il est écrit : C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte", Mt 4.9-10. Il nous montre ainsi que, posséder en rupture avec la source, amène à se couper de essentiel.

Jouissance, possession et puissance sont trois formes d’abondance bonnes et légitimes. Soyons vigilants aux vieux démons selon lesquels l’argent et autres biens relèvent du « péché », induisant son cortège de culpabilité. Il ne s’agit pas d’entendre les limites qui sont posées dans ce passage de l’Évangile dans un sens moral étriqué. Ce qui serait problématique dans le fait de posséder, de jouir et d’avoir du pouvoir, serait de mettre tout cela au seul service des appétits de l’égo, et que celui-ci soit victime des dérapages de l’ombre qui est en nous. Il nous est donc proposé de vivre l’abondance dans un lien avec la transcendance.

Comment faire qu’il en soit ainsi ? Comment, dans vie professionnelle, inscrire l’abondance dans un rapport harmonieux avec Dieu? À titre d’exemples, ce peut être :


- Exercer son pouvoir de manière à faire grandir l’autre afin de l’aider à s’accomplir.
- Mettre ses talents et ses ressources au service du bien commun.
- Demander le discernement pour gérer au mieux les personnes et les biens qui nous sont confiés.
- Remercier pour les bienfaits qui nous sont données.
- Cultiver le sens de la bénédiction et de la louange. (Dans la tradition juive, toute consommation est précédée d’une bénédiction).
- Fêter les résultats dans l’extériorité et rendre grâce dans l’intériorité.

Lorsque cela s’exprime à partir du cœur, le lien entre nos deux dimensions horizontale et verticale est renforcé. Nous contribuons à l’échange du souffle entre la terre et le ciel. Nous allons alors vers l’abondance du Royaume, celle dont Jésus parle lorsqu’il rappelle qu’il est « venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance », Jn 10:10.

Nous sommes invités, par ailleurs, à prendre conscience qu’il nous sera demandé des comptes sur la manière dont nous avons géré nos avoirs. En effet, nous sommes de simples gérants des talents et des ressources de toute nature qui nous sont confiés. Comme n’importe quel administrateur devant son conseil d’administration, gérant devant sa direction, ou collaborateur face à son patron, il faut un jour rendre des comptes. Ainsi nous avons la responsabilité d’être des serviteurs au service de Dieu. « À qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage » , Lc 12:48. Voilà qui donne encore plus de valeur à l’exercice de nos responsabilités.

Extrait de «Gagner sa vie sans perdre son âme » par Alain Setton (Presses de la Renaissance, 2007.)