Eclairages bibliques sur la gestion du pouvoir - Partie 1
Extraits de « Bible et Management »
Comment exercer le pouvoir dans la « justesse » c’est à dire, notamment, au service de l’autre et du bien commun. Quelles illustrations nous en donnent des personnages tels que Moïse, Jonas, David, Salomon et Jésus ? A quels questionnements sommes nous alors invités en tant que manager ?
Le thème du pouvoir est au centre de la vie en entreprise. Tout manager ayant la responsabilité d'autres personnes est confronté à des enjeux de pouvoir. Il peut utiliser celui-ci pour empêcher, limiter, inhiber ou encore pour encourager, stimuler, libérer. Le pouvoir est l’objet de convoitises : des hommes et des femmes se battent pour obtenir des postes, des prérogatives, des territoires. Il est aussi le lieu de toutes les ambivalences : il est demandé, il est craint, il est haï. La relation entre le politique et les citoyens reflète bien cela.
Le pouvoir peut être défini comme la capacité à influencer l’autre, ses comportements, ses pensées et par voie de conséquences ses sentiments. On emploiera indistinctement les mots « pouvoir » et « autorité ». Cependant on gardera à l’esprit ce qu’en dit Jacques Maritain : « on appelle « autorité » le droit de diriger et de commander ; on appelle « pouvoir » la force dont on dispose. » ( )
On peut aussi regarder le pouvoir comme notre capacité à œuvrer sur le monde, à y prendre sa juste place, à satisfaire la « mission » qui nous est confiée par la Vie. Cette forme de pouvoir revient à investir - ou pas – les talents qui nous sont confiés.
Différentes manières d’investir son pouvoir.
Le pouvoir, regardé comme une ressource confiée par Dieu, s’inscrit au service d’une mission à accomplir. La mission en constitue le but et le pouvoir le moyen. Ceux-ci peuvent être accueillis et investis de trois manières :
- dans l’évitement : « Non je ne serais pas capable, c’est au dessus de mes forces, je n’y arriverais pas … ». La personne ne croit pas aux ressources qui lui sont allouées pour réaliser la mission. Elle méconnaît et refuse d’investir le pouvoir qui lui est octroyé pour réussir. Le responsable dans l’évitement refuse soi la mission, soi le pouvoir correspondant, soi les deux. C’est typiquement le cas de Jonas et du troisième serviteur dans la parabole des talents.
- dans la justesse : la mission est acceptée et le pouvoir y afférant est investi avec justesse. La mission est accomplie et elle s’inscrit au service des personnes. Le jugement de Salomon en est une illustration. Le comportement de Joseph refusant de céder aux avances de la femme de son maître Putiphar en est une autre. Jésus guérisseur mettant son pouvoir au service de la libération des êtres en est un magnifique exemple.
- dans le dévoiement : le pouvoir vise ici, principalement, le bénéfice du détenteur du pouvoir. Il est au service d’une réalisation égotique, classiquement la volonté de puissance, la possession ou la jouissance.
Illustrations bibliques de l’évitement du pouvoir .
Lorsque l’Eternel confie à Moïse la mission de libérer le peuple hébreu d’Egypte, celui-ci « panique ». Il ne se sent absolument pas capable d’une telle mission. Il sait que non seulement Pharaon, mais aussi les hébreux seront très difficiles à convaincre. De plus il est bègue, et n’a donc pas la parole facile. Un dialogue pathétique s’engage dans lequel Moïse émet toutes ses objections. Il doute de ses capacités pour mener cette tâche à bien. Il est tenté par la fuite. Dieu, patiemment lui donne signes et promesses pour qu’il prenne confiance en lui.
De même lorsque l’Eternel confie une mission à Jonas en lui demandant de « crier » contre Ninive afin que celle ci se repente et fasse un chemin de retour vers Lui. Apeuré par une telle responsabilité Jonas prend la fuite. Peut-être par manque de confiance en soi ou par un fléchissement de sa foi, Il ne se sent pas capable d’une telle mission. Il n’a pas conscience que si elle lui est donnée les moyens de la réaliser suivront.
Au troisième serviteur de la parabole des talents, le maître en colère s’écriera : Mt 25:30 Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Il a refusé d’assumer sa parcelle de pouvoir - son talent -, en le faisant fructifier. La sanction tombe : il est « jeté dehors ».
Dans l’entreprise, où chacun il détient une partie de pouvoir, le manager pourra se poser la question : « Est ce que je m’exprime en deçà de mes capacités ? Si oui, est ce par peur, par dévalorisation de moi? Qu’est ce que j’évite ? De quel soutient ai je besoin ? Quel est mon projet de vie professionnel , etc… ». La dévalorisation de soi n’est pas de l’humilité. Rester en dessous de ce qu’on est capable de donner peut être un manque à vivre, à la fois sur le plan psychologique et sur le plan spirituel.


