Afin de tendre vers l’Homme Nouveau dans le contexte de l’entreprise on pourra s’appuyer sur une éthique et un projet qui donne du sens à sa vie, reconnaître et développer ses talents et repenser sa manière d’exercer son pouvoir.
Dans l’univers de l’entreprise « classique » et laïque, comment est il possible de vivre les enseignements bibliques ? En quoi ceux-ci peuvent-ils inspirer notre état d’esprit et nos comportements professionnels ? Faire émerger l’homme nouveau relève t’il d’un vœux pieu ou d’une possible réalité? Dans mon expérience de formateur et consultant en management et accompagnement du changement, cela est possible notamment en prenant appui sur la Bible. Ses textes peuvent inspirer la foi en Dieu et en l’Homme et ainsi présider à une éthique qui influencera notre manière d’être et de faire dans le monde du travail.
Pourquoi s’appuyer sur la Bible ? Parce que nous vivons dans un monde fragile et déboussolé, en quête de repères dans sa recherche de sagesse. Or la Bible peut être regardée comme Le livre de la sagesse puisque, selon la tradition judéo-chrétienne, elle a été écrite par Dieu ou des êtres directement inspirés de Lui. C’est là sa légitimité majeure. Ce livre à la capacité de nous éclairer dans les délicats méandres de notre vie. Lorsque nous vivons une difficulté, nous pouvons lire et entrer dans la méditation d’un verset biblique. Il s’agit d’aller progressivement dans la profondeur du texte, d’accueillir les symboles qu’il nous propose, d’entrer dans une écoute profonde et subtile, et laisser jaillir la lumière qui illumine le sens et nous touche au cœur. La contemplation d’un verset, son intériorisation, a des vertus guérissantes. Elle nourri l’âme en lui délivrant un message personnel. La Bible est un trésor qui a constamment besoin d’être re-découvert. Elle constitue donc une boussole pour inspirer toute personne en général et l’Homme d’action en particulier.
Notons qu’il ne suffit pas d’être chrétien et bibliste pour tendre vers l’Homme nouveau. Bien des personnes agnostiques et ne connaissant pas la bible mais dont le cœur est sage et généreux sont de véritables Évangiles sur pied. Saint Paul nous le dit à sa manière. « Si j’ai le don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la connaissance, si j’ai même toute la foi … mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13 :2).
Explicitons quelques composantes du « comment faire » pour faire grandir l’Homme nouveau dans sa vie professionnelle. Elles seront détaillées dans la deuxième et troisième partie de l’ouvrage qui inviteront également le lecteur à explorer, par des exercices, comment les mettre en pratique.
1. S’appuyer sur une éthique et un projet qui donne du Sens à sa vie.
Un riche industriel s’accorde quelques jours de vacances dans une île magnifique au centre de l’océan pacifique. Il se repose sous les cocotiers sur une belle plage de sable fin. Il aperçoit un autochtone qui pèche et lance tranquillement sa ligne dans l’eau. Il en ressort, presqu’immédiatement un magnifique poisson qu’il met dans son seau. L’opération se répète à plusieurs reprises et notre industriel est fasciné par ce qui ressemble à une pèche miraculeuse. Il se précipite vers l’homme et lui dit : « vous rendez-vous compte du trésor que vous avez là ? Vous pourriez embaucher du monde, créer une pêcherie industrielle, utiliser des bateaux équipés de congélateurs et organiser un vaste réseau de ventes en Europe et en Amérique » … « A quoi tout cela servirait il ? » demande l’autochtone un peu surpris. « Eh bien, eh bien je ne sais pas moi … Euh …, ça vous permettrait par exemple de vous offrir de belles vacances dans une belle île au milieu du Pacifique » … Cette petite anecdote illustre, entre autres, la fuite en avant dans l’action pour l’action et l’affairisme. Quel est le véritable sens de ce que nous entreprenons ? Au service de quelles valeurs s’inscrivent nos initiatives ? A quelle vision humaniste répondent elles ? Est ce que je sers Dieu ou Mammon ? Quelle est l’éthique qui sous tend ma vie active ? « Adam, où es tu ? » demande Dieu à Adam chassé du jardin d’Eden. C’est la question qu’il pose à chacun d’entre nous : « où en es tu des jours que je t’ai donné ? Que fais tu de ton temps, des responsabilités qui sont les tiennes ; que fais tu de ma gloire ? ». « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir » nous dit Jésus (Mc 10,45). En quoi suis je au service de l’autre, quelque soit ma posture sociale ou professionnelle. A quel dessein est ce que je participe ? Etre au clair et en paix avec nos propres réponses contribue à nous harmoniser avec le projet divin et à nous donner des ailes. Dans ma pratique j’invite les personnes à réfléchir sur leur projet de vie personnel et professionnel. Que ce soit à titre individuel ou collectif (pour des équipes) je m’appuie sur le type de questionnement suivant : Quelles sont les valeurs au service desquelles vous voulez inscrire votre vie ? Comment les mettez vous concrètement en pratique ? Quelles réalisations vous feront dire un jour que vous avez « réussi » votre vie ? Quel discours (sincère et authentique) aimeriez vous entendre lors de votre pot de départ ? Que feriez vous s’il vous restait un an à vivre ? Si votre créateur vous demande un jour : « Qu’as tu fais des ressources et des talents que je t’ai confié ? Qu’aimeriez vous pouvoir Lui répondre ?
Lors de séminaires de cohésion d’équipe, lorsque le groupe s’interroge sur les valeurs qu’il veux vivre et promouvoir il est intéressant de constater que celles-ci sont en lien avec l’esprit des Évangiles : « respect, solidarité, dialogue, responsabilité, progrès permanent, reconnaissance, innovation, entraide, équité, etc , … ». Ainsi les participants ont la joie de co-créer leurs « 10 Commandements » auto-proclamés qui sont supposer présider à la gestion de leurs relations. On peut alors avoir l’illusion que l’équipe a été touchée par la grâce de l’Évangile et que celui-ci est en marche au sein de cette entreprise.
Mais si ces valeurs font souvent l’objet de belles « chartes de management », celle-ci ont souvent une vie éphémère. En effet dès que des contradictions apparaissent entre les principes énoncés et les comportements observés, on a tôt fait de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Changer l’état d’esprit et les pratiques relationnelles au sein de nos organisations demande beaucoup de temps, de persévérance, de tolérance et surtout une grande maturité et une volonté farouche des dirigeants. Cela suppose aussi que chacun soit prêt à faire un travail sur soi. Ces conditions sont rarement compatibles avec les impératifs économiques et des stratégies individuelles. C’est dommage d’un point de vue humain mais également d’un point de vue économique. En effet, on considère que le coût de la non-qualité dans nos entreprises représente de 25 à 40% de leur valeur ajoutée. Or la plus grande partie de cette non-qualité est liée au coût des dysfonctionnements relationnels.
2. Reconnaître et développer ses talents et ceux des personnes dont on a la responsabilité.
L’entreprise est le lieu par excellence où s’expriment nos talents et ceux dont nous avons la responsabilité. Nos qualités personnelles et professionnelles, les dons naturels reçus, notre créativité, nos capacités d’initiatives et de leadership, nos ressources intellectuelles et matérielles, etc … sont autant de grâces qui sont à reconnaître et à valoriser. D’après la parabole des talents, nous en sommes les gérants et devrons un jour rendre des comptes. Le message est clair : « On demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l’on a beaucoup confié », (Lc 12:48.). De plus, une terrible mise en garde nous est donnée : « Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu » (Mt 3,10).
En tant que leader ou manager, nous avons une responsabilité particulière dans le fait de favoriser l’épanouissement des talents professionnels des personnes dont nous avons la charge. Un manager est supposé être un « développeur de talents ». Cela signifie que l’exercice de son autorité est autant au service de la croissance et de l’autonomie de ses collaborateurs qu’au service du Projet de l’entreprise.
3. Repenser sa manière d’exercer son pouvoir.
La responsabilité d’aider l’autre à s’épanouir interpelle notre mode d’exercice de l’autorité. Que faisons nous du pouvoir qui nous est octroyé ? Le mettons nous au service notre égo et de ses caprices ou bien le mettons nous au service de la croissance de l’autre ? Quand le roi David, subjugué par la beauté de Bethsabée, fait tuer au combat le mari de celle-ci pour pouvoir la posséder, il commet un abus de pouvoir flagrant qu’il paiera très cher et dont il se repentira. A l’inverse, refuser d’assumer son talent lié à la vocation ou mission « divine » qui nous es confiée est aussi dommageable. C’est le cas du prophète Jonas lorsqu’il désobéi à Dieu en fuyant à Tarsis plutôt que d’assumer sa mission vis à vis de Ninive. Le pouvoir juste consiste donc ni à le sur-investir à son profit, ni à le fuir lorsqu’il est donné pour une noble cause.
Que nous enseigne Jésus sur l’exercice du pouvoir ? C’est par excellence le pouvoir mis au service de l’amour et de l’épanouissement des êtres. Pour dire l’essentiel sur ce vaste sujet, donnons la parole à Pierre Debergé 1 : « le pouvoir de Jésus n’est jamais un pouvoir qui écrase (…) Lorsqu’il enseigne c’est toujours pour libérer, pour ouvrir des horizons nouveaux et faire grandir. C’est le pouvoir d’un homme libre qui ne cesse de lutter contre les barrières, les séparations et les impasses (…) Il s’agit toujours de remettre les hommes debout que ce soit face à la maladie, au péché ou aux discriminations de toutes sortes. »
On prête à Peter Drucker la réflexion suivante : « le pouvoir c’est comme l’amour, c’est la seule chose qui augmente quand on le partage ». Certaines pratiques managériales contribuent à ce partage du pouvoir entre managers et collaborateurs. Elles favorisent l’émergence des talents et la mise en œuvre concrète de valeurs telles que celles données ci-dessus à titre d’exemple.
Ces pratiques visent à dynamiser les personnes et les équipes en mobilisant l’intelligence collective. Elles prennent différentes formes : élaboration et suivi d’une vision et d’une éthique partagées, gestion participative par objectifs, groupes de progrès centrés sur l’innovation, entretiens annuels d’appréciation, coaching des collaborateurs, encouragement des « intrapreneurs », sessions de cohésion d’équipe, etc … La qualité et l’efficacité de ces pratiques dépendent du savoir faire, de l’éthique et du charisme des dirigeants qui les mettent en œuvre. « Mettez en pratique la parole et ne vous bornez pas à l’écouter » dit l’ épitre de saint Jacques. Bien menées avec la tête et le cœur, ces approches managériales peuvent être une manière de mettre la Parole en actes.


