Bienvenue sur "éthique et management", le site d'Alain Setton, consultant et formateur en management, cohésion d’équipe et coaching. Animé d’une éthique d’inspiration humaniste et biblique.

Du vieil homme à l’homme nouveau… dans l’entreprise 1/3

L’entreprise peut être un lieu de développement spirituel. En effet, les conflits, les épreuves, l’adversité sont autant de terrains d’expérience qui constituent des occasions de dépassement, de travail sur soi, de mutation et finalement de chemin spirituel. Le monde du travail nous offre ainsi l’opportunité de « transformer nos cœurs de pierre en cœur de chair » (Ez 36,26).

L’entreprise peut-elle être un lieu de développement spirituel ? La réponse est … oui ! Elle l’est comme peut l’être notre quotidien, notre vie familiale ou sociale. Le paradoxe est d’autant plus fort que le monde du travail est un espace de confrontation avec les autres (le marché, la concurrence, les fournisseurs, les collègues, les patrons, etc ) et donc un lieu de combat qui réactive l’ombre, voire l’animalité, qui est en nous,. Elle nous confronte alors aux antipodes du message évangélique. Son environnement hostile et conflictuel en fait, à priori, un environnement de « non-amour ». Cependant les conflits, les épreuves, l’adversité sont autant de terrains d’expérience qui constituent des occasions de dépassement, de travail sur soi, de mutation et finalement de chemin spirituel.

Le monde du travail est souvent un terreau difficile mais, si nous le voulons, il nous offre aussi l’opportunité de « transformer nos cœurs de pierre en cœur de chair » (Ez 36,26). Aimer ses ennemis ? Prier pour ceux qui nous persécutent ? Se réconcilier avec son « frère » ? Comment notre pauvre ego (la signature du « vieil homme » en nous) le pourrait il ? Seul l’Homme nouveau,c’est à dire notre dimension divine, en est capable à l’issue d’un chemin de mutation. « J’ai consacré toute ma vie à mon métier », me dit ce cadre en entreprise ; « je m’y suis dévoué corps et âme. Aujourd’hui j’arrive à la fin de mon parcours professionnel et je constate qu’au delà de ma réussite matérielle, ma vie a été un échec. Mes relations sont l’objet de calculs et de rapports de force ; ma femme est partie, mes enfants me tournent le dos ; je n’ai pas de vrais amis et ma vie spirituelle est un désert », me confie t’il, désabusé. Cet homme a mis toute son énergie pour gérer des réalités économiques. Il s’est identifié à son rôle et il en perçoit amèrement les limites aujourd’hui.

Probablement le jouet des conditionnements de son histoire, de la pression sociale et des valeurs de ce monde, il n’a investi que dans l’horizontalité de notre univers matériel, délaissant l’être spirituel en lui. Son cas me semble très représentatif de ce que vivent bon nombre de personnes qui sur-investissent leur vie professionnelle, se laissent dévorer par les soucis du quotidien, ou bien s’identifient à leur réussite sociale et délaissent ainsi leur chemin spirituel.

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » nous dit Jésus. On peut voir là une invitation à équilibrer les 2 pôles liés à notre double nature : matérielle et spirituelle.

Précisions sur le « Vieil Homme » et l’ « Homme Nouveau ».

Ainsi donc, notre défi est-il de sortir de l’identification au Vieil Homme en nous qui, selon Saint Paul, « va se corrompant au fil des convoitises décevantes » (Ep 4,22) et, tout en étant conscient des réalités de ce monde, tendre vers l’Homme Nouveau « qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité. » (Ep 4,24) Le « vieil homme » est notre ego. Il constitue la dimension « horizontale » de notre être en bute aux réalités matérielles de notre société. Si l’ego permet notre intégration sociale et professionnelle, notre gestion du quotidien et des relations au monde ordinaire, il est aussi sujet au stress, dépendant de ses peurs, de ses désirs et de ses manques. L’égo est ainsi porteur de l’ « ombre » qui est en nous. Celle-ci contient nos éléments inconscients, pulsions, violences et des éléments refoulés dans notre psychisme associés à notre histoire personnelle. C’est dans cette ombre que se situe l’origine de nos fragilités, de nos excès, de nos émotions enfouies et de nos tensions relationnelles. Cependant, l’ombre est aussi, selon le mot d’Annick de Souzenelle « de la lumière en devenir », c’est à dire qu’elle recèle des potentialités de conversion, de transformation et d’ouverture à notre nature divine. Ce travail de conversion est notamment illustré par la parabole du retour de l’enfant prodigue (Lc 15).

L’ « Homme nouveau » est l’être spirituel qui nous habite, la dimension « verticale » à laquelle nous appellent toutes les traditions spirituelles et les religions qui les sous-tendent : « Je me tiens à la porte et je frappe » (Ap 3,20) … L’ Homme nouveau est notre nature divine reliée à la « source d’eau vive », notre « cœur profond » qui ne demande qu’à contacter l’« delà au fond de nous même » (…). Il est le partenaire de l’alliance divino-humaine répondant à la proposition de « demeurez en moi comme je demeure en vous » (Jn 15,4). En langage Jungien, l’« Homme nouveau » correspond au Soi.

La dualité entre les deux dimensions de notre être est source de tensions et de conflits internes, et ce particulièrement dans le monde du travail. Mais ce dernier peut devenir un lieu de conversion de cette ombre. Si « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu », l’entreprise peut être un espace de mutation.
La prise de conscience de notre double appartenance appelle à ne pas sacrifier une de ses dimensions au détriment de l’autre. Il serait évidemment naïf de croire que seul l’Homme Nouveau peut présider aux destinées de nos entreprises et des relations qui s’y établissent. Lorsque Jésus envoie ses disciples en mission il leur dit : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes » (Lc 10,16). Il nous faut à la fois composer avec ce monde, ses lois, ses coutumes, sa culture tout en ayant les yeux et le cœurs rivés sur l’étoile du berger et l’éthique qui guident notre chemin spirituel.