Un texte extrait de
« Gagner sa vie sans perdre son âme » :

La Bible parle de notre histoire personnelle.

La Bible, expression de la parole divine adressée aux hommes, est avant tout un texte sacré. … Nous pouvons bien sûr, entendre le récit biblique dans sa réalité « historique ». Nous pouvons l’appréhender dans son aspect réglementaire et moralisateur. Il peut alors rapidement revêtir les accents d’une histoire appartenant au passé, dans laquelle nous ne nous sentons pas très concernés, extérieure à nous, étrangère à notre réalité d’aujourd’hui. La plupart des lectures de la bible sont ainsi faites dans « l’extériorité ». Elles peuvent même, parfois, apparaître comme limitantes et culpabilisantes. Nous risquons alors de passer à côté d’un fabuleux trésor.

Une bonne manière d’approcher ce trésor, de s’enivrer à « ses sources d’eaux vives » est d’en faire une lecture dans « l’intériorité », une lecture dans laquelle chaque personnage et épisode biblique témoigne de notre propre histoire, des enjeux et des difficultés de nos existences. En effet, la Bible nous offre une véritable cartographie de nos parcours de vie, du sens de nos épreuves et nos raisons d’espérer.

Ainsi, la Chute, et l’expulsion du Jardin d’Eden témoignent de notre perte de conscience de Dieu, de la coupure qui nous sépare de la source, de la nostalgie née de cet exil. Caïn et Abel parlent de notre violence vis-à-vis de l’ « autre », notre « frère ».

Abraham symbolise la renaissance possible de notre foi, la rupture avec le monde ancien, idolâtre. Joseph, fils de Jacob, parle de nos talents visionnaires et, … de gestionnaires. Moïse préfigure notre capacité à nous libérer de nos esclavages, de ce qui nous tient en captivité dans nos prisons intérieures. L’errance des hébreux dans le désert, en route vers la terre promise, est en échos à notre errance spirituelle et la souffrance qu’elle entraîne. Josué, le guerrier, incarne la difficile conquête de notre terre promise intérieure. Salomon symbolise notre sagesse et, en tant que bâtisseur du premier temple de Jérusalem, notre capacité à bâtir notre temple intérieur.

Marie symbolise l’enfantement et la naissance de l’enfant divin en nous. La Nativité du Christ, au fond d’une grotte, à Bethléem (la « maison du pain ») parle de la petite flamme spirituelle qui habite au fond de nos cœurs.

L’aveugle de naissance évoque notre propre cécité spirituelle. Les miracles de Jésus interpellent nos aveuglements, surdité, et difficultés relationnelles. Marthe témoigne de nos dispersions et de notre activisme. Lazare, parle de notre manière d’être mort et de pouvoir ressusciter. Les pharisiens, la prostituée et la femme adultère symbolisent des parties de nous-même. Les apôtres reflètent notre espérance, notre soif de connaissance spirituelle, nos doutes, notre manque de foi, nos trahisons et … notre capacité à faire des miracles.

La passion du Christ peut symboliser la façon dont nous pouvons ne pas reconnaître et laisser crucifier l’Etre Essentiel en nous. Elle évoque nos propres crucifixions dans les épreuves que nous rencontrons et la possibilité de les transformer en résurrections.

Ces quelques exemples montrent à quel point chacun peut rencontrer sa propre histoire à travers le récit biblique. On pourra, dès lors s’appuyer sur ce récit pour mieux écrire la suite de notre parcours de vie. Aussi, l’éclairage de ces textes nous permettra d’œuvrer de façon plus juste dans notre monde du travail.

La Bible est un message d’amour et de transformation. Elle nous invite à évoluer, à passer de l’image de Dieu à sa ressemblance, à transformer le grain de blé en épi, à faire fructifier nos talents. Si le figuier est stérile, il sera coupé et jeté au feu. Terrible mise en garde. Si nous sommes semés à l’état de graine, une vie réussie nous demande de transformer la graine en arbre.

Chaque verset biblique peut être lu dans le contexte de l’histoire qu’il relate ou à un niveau symbolique et personnel. Quand Jésus dit à ses disciples "Passons sur l'autre rive." Mc 4:35, on peut comprendre qu’il leur propose tout simplement d’aller de l’autre côté du lac de Tibériade. On peut aussi se demander ce que signifie pour nous, dans notre réalité d’aujourd’hui de « passer sur l’autre rive ». Chacun pourra lui donner un sens différent. « Il faut que je passe à autre chose en quittant ce job » traduira l’un. « Il me faut donner plus d’espace à ma vie spirituelle et dépasser mon égocentrisme» comprendra l’autre. « Cela m’encourage à faire le deuil da mon ancienne situation » pensera le troisième. Autant d’interprétations pertinentes puisqu’elles « parlent » à la personne qui interprète, donne du sens à ce qu’elle vit et lui permet de franchir une étape dans sa vie.

Ne risque-t’on pas d’ « instrumentaliser » la Parole se demandent certains. L’« instrumentaliser » serait l’utiliser pour justifier les agissements de son petit moi, donner bonne conscience à ce qui n’est que l’expression de son ombre. C’est ainsi que le pouvoir despotique, le racisme ou les guerres ont souvent tenté de légitimer leurs exactions. Or, la Parole est au service de la vie et de la quête de la vérité. Elle n’est pas le privilège de théologiens ou d’exégètes qui, seuls, en détiendraient les clés de compréhension. Elle est un don de Dieu qui se renouvelle dans une infinitude d’interprétations en vue de la mutation de l’être et au service de son élévation morale et spirituelle. Elle est une nourriture essentielle à laquelle chacun peut avoir accès et y puiser la force de mieux vivre son quotidien autant dans sa vie personnelle que professionnelle. Ainsi, chacun peut rencontrer sa propre histoire à travers le récit biblique, mieux comprendre et assumer son parcours de vie, et en écrire la suite avec plus de sagesse.